Acte V – Le printemps international du genre

Acte V,  26 et 27 mai 2014. Les scènes se passent à l’amphi X de  Paris 8 le 26 mai, et au Grand Auditorium des Archives Nationalesle 27 mai.

Le Printemps international du genre – Enjeux politiques et savants de l’institutionnalisation et de l’internationalisation d’un champ d’études

Colloque international organisé par Anne E. Berger et Éric Fassin

Les paradoxes de l’institutionnalisation
Le développement d’études féminines ou de genre (women’s studies ou gender studies), en France comme ailleurs, repose sur un paradoxe : d’un côté, c’est un mouvement social et politique qui en a été le catalyseur ; de l’autre, leur essor implique que la recherche s’autonomise du militantisme. De fait, aujourd’hui, les
études sur le genre et les sexualités constituent bien un champ autonome, comme l’attestent les revues et colloques pour ce qui concerne la recherche, en même temps que les nouvelles formations et les diplômes universitaires qui en dessinent les contours pédagogiques.

Le paradoxe redouble actuellement : on peut s’inquiéter non plus seulement d’une marginalisation de ce champ d’études, mais aussi désormais, symétriquement, de sa normalisation. L’institutionnalisation expose en effet à la dépolitisation : la (relative) reconnaissance de recherches jusqu’alors illégitimes se paierait ainsi d’un prix élevé s’il leur fallait se contenter de rentrer dans le rang universitaire.

Pour autant, rien ne condamne ce champ académique à se couper du féminisme, ou plutôt des féminismes. L’autonomisation savante n’est pas nécessairement une rupture avec la politique. D’ailleurs, ce sont les épistémologies féministes du « savoir situé » qui ont permis d’interroger les illusions de la « neutralité » scientifique. Enfin, les analyses que produisent ces études peuvent à leur tour alimenter et infléchir l’action politique. La tension productive entre recherche et engagement dans ce domaine fera ainsi l’objet d’une attention particulière tout au long de notre colloque.

Les tournants politico-théoriques
Penser les enjeux politiques et épistémologiques des études de genre, ce n’est pas seulement confronter celles-ci à la politique féministe (et vice-versa) ; c’est aussi explorer les tensions à la fois théoriques et politiques qui les traversent – en particulier autour de l’articulation problématique entre questions de genre et de sexualité (voire entre femmes et minorités sexuelles), mais aussi entre questions sexuelles et raciales (sinon entre femmes blanches et minorités raciales). Comment ces tensions se sont-elles formulées et théorisées depuis trente ans ? Qu’en est-il aujourd’hui ?

Les effets de l’internationalisation
Réfléchir à la constitution de ce champ d’études aujourd’hui, c’est enfin interroger la géopolitique du genre. Les féminismes ont fleuri un peu partout dans le monde. Mais l’institutionnalisation des études féministes, de genre et de sexualité se révèle très variable : selon les pays, elles restent très inégalement reconnues. Toutefois, c’est à tort qu’on les identifie, en particulier en France, à la
seule « Amérique ». Non seulement ces études ont pris pied dans les Amériques, mais aussi sur les différents continents. L’heure n’est donc plus à opposer un centre et une périphérie : ce colloque s’intéressera plutôt, pour penser cette internationalisation, à la pluralité des centres d’études, et au décentrement qui en résulte.

Il importe désormais d’analyser l’internationalisation des études de genre dans toute leur complexité, soit à la fois l’élaboration d’un langage commun, y compris dans les institutions internationales, et la pluralité des féminismes, voire des postféminismes, inscrits dans des histoires inséparablement locales et globales ; bref, il faut prendre pour objet tout à la fois la construction nationale des études de genre et la circulation internationale qui les constitue.

Ainsi, commémorer quarante années d’existence d’un Centre d’études, ce n’est pas tant célébrer l’endurance du féminisme universitaire, désormais inscrit dans la durée, que revenir sur cette histoire pour orienter notre présent vers un avenir. « D’où venons-nous ? » : cette question prend tout son sens par rapport à deux autres : « Où en sommes-nous ? » et « Où allons-nous ? »

26 Mai, Amphi X, Paris 8

9h30 Ouverture par Sandra Laugier, professeure de philosophie, université Paris 1, Directrice adjointe scientifique, chargée de l’interdisciplinarité, INSHS, CNRS

9h45 Laurence Gavarini, vice-présidente adjointe du Conseil Scientifique de Paris 8, ancienne co-directrice de l’École Doctorale Pratiques et Théories du Sens, enseignante-chercheuse associée au Centre

10h Introduction, Anne E. Berger et Éric Fassin

10h 30 Session 1 Institutionnalisation et pluralisation des féminismes. Présidente de la séance: Annie Benveniste, Paris 8

Griselda Pollock, professeure d’histoire de l’art et d’études féministes, Université de Leeds, UK : « Is Feminism a Bad Memory? »

Tuija Pulkkinen,  professeure de philosophie politique et d’études de genre, Université de Helsinki, Finlande : « Institutionalization of Gender Studies and Pluralization of Feminist Theory »

Delphine Gardey, professeure d’histoire et d’études de genre, Université de Genève, CH : « Ouvrir, traduire et coaliser : l’hospitalité des études féministes »

12h Discutantes : Yannick Ripa et Coline Cardi

14h30- 17h : Session 2 L’internationalisation entre obstacles et  avancées. Présidente de séance: Annick Allaigre, Paris 8

Carmen Belloni,  professeure de sociologie et d’études de genre, Université de Turin, Italie : « Un centre d’études de genre dans un contexte social bloqué et une institution en difficulté »

Pinar Selek, sociologue, réfugiée politique, docteure en science politique de l’université de Strasbourg : « Avancer malgré la répression. Études de genre et
mouvements féministes et LGBT en Turquie »

Mara Viveros Vigoya, professeure d’anthropologie et d’études de genre, Université nationale de Colombie, Bogota : « Les études de genre en Amérique latine entre défi et méfiance »

16h30 Discutant-e-s : Elsa Dorlin et Éric Fassin

27 mai, Grand Auditorium des Archives Nationales

10h Ouverture de la journée par Michèle Riot-Sarcey, professeure émérite en histoire moderne et histoire du genre, fondatrice du RING, ancienne membre du Centre

10h30 – 13h Session 3 Les métamorphoses d’un champ: tournants politiques et avenirs théoriques. Président de la séance: Bertrand Guillarme, Paris 8

Clare Hemmings, professeure de théorie féministe, Gender Institute, London School of Economics, Royaume-Uni : « From Phallic Feminist Mothers to Polymorphous Queer Children: Institutionalising Stories of Queer/Feminist Difference »

Ranjanna Khanna, professeure de littérature et de Women’s Studies, Duke University, États-Unis : « Futurity: Thinking about ‘the future’ in Feminist theory »

Elizabeth Weed, Co-fondatrice et ancienne directrice, Pembroke Center for Teaching and Research on Women, Brown University, États-Unis

Discutantes: Anne E. Berger et Nacira Guénif-Souilamas.

14h30- 17h Session 4 Logiques (trans)nationales. Président de séance: Rémy Bethmont, Paris 8.

Miriam Pillar Grossi, professeure au département d’anthropologie et directrice de l’Institut d’études de genre (IEG) et du Groupe de recherche sur les identités
de genre et les subjectivités (NIGS), Université Fédérale de Santa Catarina, Brésil : « Études de genre et Études sur la sexualité au Brésil : deux champs opposés ou complémentaires? »

Fatou Sarr, sociologue, maîtresse de conférences et directrice du Laboratoire Genre et recherche scientifique de l’IFAN Cheikh Anta Diop, Dakar, Sénégal : « Institutionnalisation du genre dans l’espace universitaire et légitimation scientifique de l’action politique en faveur de l’égalité de genre au Sénégal : le rôle du Laboratoire Genre de l’IFAN dans l’aboutissement de la loi sur la parité »

Marta Segarra, professeure de littérature française et francophone et d’études de genre, Université de Barcelone, Espagne : « Le genre est mort. Vive le genre! Les études de genre en Espagne »

Discutantes: Valérie Pouzol et Mercedes Yusta

17h Conclusion

Vers 18h, le parcours artistique “Chemin des rencontres” à Paris 8 (départ devant le hall d’exposition), qui terminera dans le bâtiment B2, auprès de l’installation Archipels en lutte – les îles postexotiques.

Vers 19h, la fête de clôture des festivités de 40 vies dans la Maison de l’étudiant (la coupole) de Paris 8.

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